OSINT Militaire

L’essor de l’OSINT dans les armées : de l’expérimentation à une intégration stratégique

Cette publication est la partie 1 de 8 dans la série OSINT Militaire

Depuis plusieurs décennies, le renseignement militaire repose sur des disciplines bien établies : le SIGINT (renseignement d’origine électromagnétique), le HUMINT (renseignement d’origine humaine) et l’IMINT (renseignement d’origine image). Mais avec l’avènement d’Internet et la révolution numérique, une nouvelle source de renseignement a émergé : l’OSINT (Open Source Intelligence). Initialement perçu comme un outil auxiliaire, l’OSINT s’est progressivement imposé dans les stratégies militaires, jusqu’à être pleinement institutionnalisé. Aujourd’hui, la décision du Chef d’État-Major des Armées (CEMA) d’intégrer des réservistes spécialisés en renseignement en source ouverte, à l’image du modèle américain, marque une étape clé dans cette évolution.

Les premières utilisations militaires de l’OSINT

L’OSINT n’est pas une invention récente. Dès la Seconde Guerre mondiale, les services de renseignement alliés analysaient les journaux, la radio et les bulletins de presse pour extraire des informations stratégiques. Cependant, c’est avec l’essor d’Internet dans les années 1990 et 2000 que cette discipline a pris une nouvelle dimension.

Les premières expérimentations dans les armées occidentales ont consisté à surveiller les forums en ligne et les sites de propagande pour suivre l’évolution de groupes terroristes. La guerre en Irak (2003) et en Afghanistan (2001-2021) a démontré la puissance de l’OSINT : les analystes militaires ont pu exploiter des blogs, des vidéos amateurs et des réseaux sociaux pour suivre les mouvements des insurgés et anticiper des attaques.

L’essor de l’OSINT face aux nouveaux conflits hybrides

Les conflits récents, notamment la guerre en Ukraine, ont mis en lumière le rôle central de l’OSINT dans le renseignement militaire. L’apparition de plateformes comme Twitter, Telegram ou TikTok a permis une diffusion massive et instantanée d’informations sur les théâtres d’opérations. Désormais, des analystes civils et des organisations indépendantes peuvent parfois détecter des mouvements de troupes avant même les services de renseignement traditionnels.

Face à cette nouvelle donne, les armées occidentales ont compris qu’il devenait impératif d’intégrer pleinement l’OSINT dans leurs dispositifs. Aux États-Unis, la Defense Intelligence Agency (DIA) et la CIA ont progressivement renforcé leurs capacités en renseignement ouvert, intégrant des analystes spécialisés et développant des outils d’intelligence artificielle pour traiter le flot massif de données accessibles en ligne.

L’adoption du modèle américain par les armées françaises

Conscient du retard de la France dans ce domaine, le CEMA a récemment décidé de s’inspirer du modèle américain en intégrant des réservistes spécialisés dans l’OSINT au sein des forces armées. Cette décision s’inscrit dans une volonté de mieux exploiter les compétences des civils, notamment des chercheurs, journalistes, ingénieurs en cybersécurité et analystes en données, qui possèdent une expertise précieuse dans la collecte et l’analyse d’informations en source ouverte.

En recrutant des réservistes pour le renseignement OSINT, l’objectif est double :

  1. Renforcer les capacités de veille et d’analyse des armées, en s’appuyant sur un réseau de spécialistes capables d’identifier rapidement les menaces émergentes.
  2. S’adapter à la guerre informationnelle moderne, où la manipulation de l’information et les campagnes de désinformation sont devenues des armes stratégiques.

Le projet vise ainsi à structurer une « réserve numérique » capable de fournir un appui rapide et efficace aux services de renseignement militaires.

Les défis et perspectives de cette nouvelle approche

L’intégration de l’OSINT dans le renseignement militaire soulève plusieurs défis. D’abord, il s’agit de structurer et d’organiser efficacement cette nouvelle branche du renseignement afin d’éviter un éparpillement des ressources. Ensuite, il est crucial de garantir la fiabilité des informations collectées, dans un contexte où la désinformation et les manipulations de données sont omniprésentes.

Néanmoins, cette évolution représente une avancée stratégique majeure pour les armées françaises. En s’appuyant sur des experts issus de la réserve, elles renforcent leur capacité à exploiter les données accessibles publiquement et à anticiper les menaces contemporaines.

L’avenir de l’OSINT dans les armées semble donc promis à un développement croissant. L’adoption du modèle américain pourrait n’être qu’une première étape vers une intégration encore plus poussée de l’OSINT dans l’ensemble des stratégies de défense et de renseignement.

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